Homélie du 7ème dimanche de Pâques – 23 et 24 mai 2020

Homélie du 7ème dimanche de Pâques – 23 et 24 mai 2020

Texte difficile! Certains diront même qu’il voisine avec le charabia… des mots pour ne rien dire!!! Bien plus! Peut-il s’agir ici du vrai Dieu quand on entend le Fils supplier ainsi son Père: «Rends-moi gloire afin que je te rende gloire» ? Quel jeu bien peu divin que cette quête dérisoire de lauriers !

Tout s’éclaire d’une autre lumière si l’on accepte d’avoir à l’esprit qu’une malencontreuse traduction, qui remonte fort loin dans le temps (même avant Jésus-Christ), cette traduction a introduit dans les textes bibliques le mot «gloire» alors qu’il aurait fallu parler plutôt de «présence».

Présence, oui, présence au moment où va se creuser l’abîme terrifiant de l’absence, celle de la mort. La conscience de Jésus qui se met en prière est à la pointe de ce drame. Alors, il se tourne vers son Père dont la présence fait vibrer son existence depuis toute éternité. «Avant que le monde fût». Présence éternelle de l’un à l’autre qui fécondera tous les êtres à venir. Source de toute vie. Big-bang de toutes les présences les unes aux autres, dans l’espace planétaire comme dans la succession étonnante des générations.

Jésus, la Parole qui se fait chair, est venue chez les hommes pour leur clamer la présence du Père. C’était sa mission terrestre, et voici qu’elle se termine. «J’ai manifesté ton Nom… Désormais, je ne suis plus dans le monde mais, eux? Eux restent dans le monde…» Eux dont l’existence prendra toujours vie dans cette Présence.

En entrant en communauté religieuse, on me répétait souvent que le premier temps de l’oraison, un temps nécessaire, consistait à «se mettre en présence de Dieu». A y réfléchir quelque peu, quelle puissance dans cette simple expression ! et quelle fécondité ! Se mettre en présence de CELUI QUI EST PRESENCE. Comme Jésus: «Père, sois présent afin que je te sois présent».

Et soudain la vie éternelle ne fait plus penser à la mort. Ce n’est plus un mot de faire-part d’enterrement ou de pierre tombale. Cette vie éternelle, c’est maintenant Jésus qui, par le Père, en est le maître et qui la répand. Or la vie éternelle, dit l’évangile de Jean, c’est de connaître Dieu, le vrai Dieu et celui qu’il a envoyé. Connaître Dieu, c’est tellement autre chose que de se contenter d’en savoir le catéchisme! Connaître Dieu, c’est devenir capable de le rendre présent ou, en tout cas, d’en accueillir la Présence.

Et je reste incorrigible…  Je suis toujours à croire que la vie éternelle s’achète ou se monnaie, se négocie à coup de bonnes actions, de mérites ou de pénitences. «Or la vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu…» Le paradis n’est pas un lieu ou une époque, c’est une relation magnifique, sans fin et amoureuse avec Dieu en personne.

Thierry Fouet

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