L’Évangile a casa 6

Après Jean le Baptiste, voici Jésus. Il aura fallu l’arrestation de celui-là pour que se mette en route celui-ci. Nous sommes les anneaux d’une interminable chaîne qui traverse les siècles… Et nous venons après, nous succédons à. Nous avons aussi à prendre notre place, comme Jésus, dans le flux de l’histoire…

«Les temps sont accomplis…» Premiers mots de Jésus, chez Marc. Ceux de nos enfants, on se les rappelle: ils nous auront fait tellement plaisir, sourire, presque verser une larme s’il s’agissait d’un « manman » ou d’un «papa»… Jésus, la trentaine, va déclamer d’adulte à adulte: «Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche; convertissez-vous et croyez à l’Évangile».

Programmatique, contextuel, solennel, introductif, des qualificatifs que l’évangéliste Marc ne liste pas mais qui décrivent la place de ces «premiers mots» de Jésus. Ils sont comme un cartouche à 4 hiéroglyphes – gravures sacrées étymologiquement!

4 invitations illustrées par les paraboles, métaphores, aphorismes, récits, saynètes qui vont s’enchaîner page après page, « selon Saint Marc », sur 16 chapitres. Avec cet anachronisme : « croyez à l’Évangile » qui n’a pas encore été décliné en actes et paroles par Jésus lui-même puisque l’on est au chapitre 1 !

On pourrait moderniser ces 4 affirmations ainsi: «Allez, prête ? Tu vas voir, Dieu est là, en plein dans TA vie; secoue-toi une peu et crois ce que tu vas lire !»

Et loin de nous garder dans un cocon mystique, la suivance – le fait de devenir disciple de Jésus – va découler de ces lignes – de ses mots… – en nous faisant sortir de notre quotidien… pour mieux y retourner, mais avec Lui comme allié… Premier épisode d’une série palpitante?

Thierry Schelling

Né d’une femme: 4e dimanche de l’Avent

Le libre arbitre n’est pas un vain mot. Marie, à l’écoute de Gabriel, aurait très bien pu douter, à l’instar de Zacharie. Mais parce qu’elle a fait confiance à Dieu (cf.Lc 1:38), Son projet a pu s’accomplir. Et donner lieu à l’un des plus beaux chants de louange de la Bible: le Magnificat (cf.Lc 1:46-56). Que dire d’un Dieu qui respecterait même notre refus d’être sauvé ? Qu’il est avant tout patience, bienveillance et amour. Ces mots peuvent nous sembler bien creux, pourtant les portefaix de ces valeurs sont bien réels. Je pense notamment à Mère Teresa ou Noëlla Rouget pour ne citer qu’elles. Sans oublier tous les anonymes qui se révèlent en ces périodes de crise. C’est cela aussi la Communion des Saints.

Jean nous a donc autorisés ä ne pas reconnaitre le Christ, mais le Père nous a donné tous les outils pour le rechercher et, si nous nous y prenons bien, le trouver: accueillir sa lumière, attester sa grandeur et faire acte de réconciliation. Ces trois démarches ont été proposées tout au long de cet Avent. Mais reste encore le commandement principal. Quand je dis «commandement», je pense surtout «invitation». Car comme pour tout, nous avons le choix.

Cette invite, la voici : Aimez votre prochain comme vous-même (Mc 12 :31). Non pas dans un esprit de charité, qui nous empêche souvent de découvrir l’humanité de notre prochain, cachée derrière des besoins politiquement corrects. Plutôt dans une attitude de joie en cherchant à faire plaisir. Certes, nos rues se transforment en bazar pendant cette période de l’Avent. Certes, les gadgets font foison partout. Mais c’est la seule fête de l’année où tout est organisé pour sourire à son prochain. Reste ce fameux libre-arbitre. Marie a fait le premier pas au nom de notre humanité. C’est maintenant à nous, dans le cadre de cette Nativité, de proclamer notre adhésion à ce projet de Dieu. Comme tous nos prédécesseurs dans la foi: les ouvriers de la dernière heure ont dit oui (cf.Mt 20), les disciples d’Emmaüs l’ont reconnu (cf.Lc 24). A nous maintenant de clamer: Qu’il nous soit fait selon Ta parole, nous sommes les servants du Seigneur.

Pierre Moser

A celui que vous ne connaissez pas: 3e dimanche de l’Avent

Jean le Baptiste est entier, voir même absolu. Certes, il défend les petites gens, mais il n’est pas tendre avec les représentants de l’autorité (cf.Mt 3 :7). Son ascèse souligne également son engagement. Son «Faites ce que je dis car je le fais» devrait encore aujourd’hui nous inspirer. Alors pourquoi une certaine tolérance quand il annonce la venue du Christ ? Il va même jusqu’à nous autoriser à ne pas reconnaitre l’envoyé de Dieu (cf.Jn 1 :26). Parce que c’est tellement fou: Dieu s’incarne totalement dans notre humanité. Les hommes attendaient bien un dieu, mais tout-puissant et libérateur. Mais non, et ce scandale, Jean se rend compte qu’il est difficilement compréhensible à notre humanité.

Alors pourquoi veiller si, de toute façon, nous ne le reconnaitrons pas ? C’est tout le contenu du mystère de l’Incarnation. Dieu nous a été révélé par son Fils (cf.Jn 14 :9). Nous sommes donc maintenant en mesure de le reconnaitre. Vraiment ? Les mêmes révélations ne mènent pas forcément aux mêmes convictions. Ils ont été plusieurs à constater la Résurrection: Jean vit et crut (Jn 20:8), les soldats virent également, mais vendirent leur témoignage (cf.Mt 28:12). Traîtres ? Pas si vite… Ne sommes-nous pas un peu soldat de temps en temps, quand il s’agit de compromettre certaines de nos valeurs ?

Car la Foi est un ensemble complexe. Cadeau du ciel mâtiné de «savoir» catéchétique, arrosé d’un soupçon de méditation, elle nous mène où l’Esprit veux bien nous laisser agir. Mais notre humanité nous a poussé à organiser l’évènement Noël de telle manière que nous n’arrivons plus à nous émerveiller. C’est le propre de l’adulte de modérer l’expression de ses sentiments. Pourtant, nous nous souvenons tous de ces moments d’émoi lors desquels nous avons croisé la Lumière. Le temps d’un Noël, redevenons donc les gamins confiants que nous étions à notre baptême pour accueillir le Divin.

Pierre Moser

Pour ouvrir le chemin: 2e dimanche de l’Avent

Nous l’avons tous expérimenté, entre l’aube et le crépuscule de notre existence, cette rencontre avec un être de lumière. Nos cœurs ont battu plus vite, la chaleur a envahi notre corps. Nous nous sentions comme les disciples d’Emmaüs: «Ils se dirent l’un à l’autre: “Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures?”» (Lc 24 :32). C’est tout l’esprit du baptême. M’est fort à parier que les «disciples» de Jean ont vécu la même lumière lors de leur immersion dans le Jourdain.

Cette fois, le symbole ne vient pas de notre humanité, mais nous a été transmis, décrit, dirais-je, par Jean. Et c’est là que nous rejoignons les symboliques mentionnées la semaine dernière: grandeur par la vérité, et la lumière par la vie. Mais qu’en est-il du troisième symbole, ce fameux chemin? Nous avons la «chance» de ne pas avoir suivi Jésus de son vivant, ce qui nous permet aujourd’hui de méditer cet Avent à la lumière de Sa Résurrection. Et ce qu’il a dit à Thomas explique tout: «Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14:6). Paul nous le confirme, nous sommes les héritiers du Christ (Rm 8:17) et en tant que tels, nous sommes à notre tour le chemin vers le Christ. Et c’est celui-ci qu’il faut rendre droit. Ce baptême dans l’Esprit, promis par Jean, nous permet cette conversion de cœur qui est nécessaire pour pouvoir accueillir Celui qui est notre chemin. En suivant ce chemin, par le baptême, nous sommes assurés d’être sauvés. Malgré tout, nous restons pêcheurs et nous le ressentons au plus profond: quelque chose cloche parfois, notre chemin ne nous convient pas toujours. Il n’est pas à la hauteur de nos espérances, pas toujours droit. Mais ce n’est pas Lui qui nous accuse, c’est nous-mêmes. Et si la confession représentait plus qu’une réconciliation, à savoir une vraie conversion?

Pierre Moser

Ni le jour, ni l’heure: 1er dimanche de l’Avent

Tout le monde l’attendait, mais personne ne l’a vu venir. Comment cela a-t-il pu se produire et pourquoi? De qui parle-t-on d’abord? En cette période de fête, cela me parait évident. Dieu nous a été révélé, et de manière totalement inattendue. Les Écritures annonçaient un Roi, un Dieu, un Sauveur. Les hommes attendaient un magicien, un tout-puissant, un libérateur, imaginez le quiproquo. Mais depuis, tout est rentré dans l’ordre. Jésus débarque chaque année à heure fixe (eh oui, la messe de minuit a bien lieu à minuit!). Avec toute la symbolique que l’homme a bien voulu y introduire: lumière et grandeur.

La lumière d’abord. Jésus l’a lui-même affirmé: «Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie.» (Jn 8 :12). Observez l’orientation de nos églises. L’entrée est généralement orientée au couchant (mort du Christ), alors que l’autel et la croix sont orientés vers le levant (sa Résurrection). En entrant dans une église, nous passons donc de la mort à la vie et, dans nos prières, nous nous adressons au Christ Ressuscité. Une symbolique d’autant plus forte qu’elle avait déjà une place dans les autres religions de l’époque. La lueur des bougies allumées lors de célébrations Rorate en est aussi un témoignage. Nous devenons des veilleurs d’aurore, car nous ne savons ni le jour, ni l’heure.

La grandeur ensuite. Là c’est Jean notre témoin: «Lui, il faut qu’il grandisse; et moi, que je diminue.» (Jn 3 :30). Le fait que les dates de «naissance» de Jésus ainsi que de Jean soient aux solstices n’a rien d’un hasard. C’est donc tout naturellement que la Nativité fût dès lors célébrée au solstice d’hiver, moment où la lumière du jour recommence à croître, et que la Saint-Jean trouve sa place au solstice d’été, période de l’année ou la lumière du jour diminue jusqu’en décembre.

Aujourd’hui organisé comme un agenda électronique, considérons cet Avent avec bienveillance et conversion. Rien ne nous empêche de nous assoupir (Mt 25: 5-7), mais il nous faut changer d’attitude, rester ouvert et accueillant. Marc est même plus exigeant, et il nous le signifie très bien en ce premier dimanche de l’Avent: «Ce que je vous dis là, je le dis à tous: Veillez!» (Mc 13:37). La veille est effectivement notre signe d’espoir.

Pierre Moser