L’Évangile a casa 15

Après la pluie, le beau temps…
Après l’orage, la trouée lumineuse…
Après le froid, le redoux…
Après la glace, la fonte…
Après le cri, l’écho…
Après les sanglots, l’étreinte…
Après « Aïe ! », le baume…
Après « Atchoum ! », « Santé ! »…
Après le collant du bourgeon, la pousse translucide…
Après la chrysalide, le papillon…
Après les contractions, la délivrance…
Après le tohu wa bohu, l’ordonnancement…
Après la fuite, la pause…
Après le manque, l’espace…
Après la nuit, l’aube…
Après la tombe, la relevaille… Après « Ã mort ! », « Il est vivant ! »…

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 14

«Nous voudrions voir Jésus.» Tentation de ma jeunesse… me disant que ce serait forcément cool de Le voir en vrai, non? De l’entendre en vrai, de passer du temps à prier, à contempler la nature, à étudier les Ecritures, à nager dans le lac de Galilée… A regarder les filles passer devant nous, à faire la fête car invités aux noces, à pleurer avec nos voisins à la suite d’un deuil. A aller au marché aux poissons, à visiter la Sainte ville…

Mais jeunesse est passée… Expériences multiples en poche et en mémoire, comme je suis content de pouvoir dire: Non, je ne voudrais pas Le voir comme eux l’ont vu…» car probablement, je ne l’aurais pas suivi. Ecouté, oui, sûrement, mais j’aurais passé mon chemin…

«Si le grain de blé tombé en terre ne meurt…» Voilà, j’ai mouru à une envie, un idéal, quelque chose que j’aurais tant désiré…avant d’avoir vraiment vécu en adulte dans la foi ! Oui, c’était un désir d’adolescent.

«Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.» Exactement. Je l’ai vu, Jésus, ou plutôt le Christ ressuscité : dans chaque éveil, réveil, relevaille, retour, recommencement… à chaque fois que l’espoir renaquit, le pardon fut donné, l’humilité gagna sur l’orgueil, le sourire décrispa les tensions, une main me caressa pour me reconduire en avant… dans ces innombrables rencontres avec un être humain qui se livra, partagea, confia sa vie, une joie, un regret, puis, confiant, continua sa route sans que nous ne nous attachions l’un.e à l’autre obligatoirement… à chaque libération, décousure, désenchaînement, décadenassage qu’une parole ou un geste, ou les deux, provoquèrent chez autrui, chez moi… Et j’ai entendu cette «voix venue du ciel» – sans risquer l’acouphène ou la surdité, voire l’hôpital psychiatrique. Parce qu’elle était l’écho de paraboles, de pensées, de bénédictions, de scènes de l’évangile lues et relues sans lassitude, pour continuer à être « attiré par Lui»…

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 13

Un étranger…et la gratuité préparent l’annonce que «Dieu a tant aimé le monde…».  Un être humain hors-normes, et une vertu…

Dans la Première lecture, Cyrus, le roi de Perse, n’est ni prêtre du Temple de Jérusalem, ni Juif… bien au contraire. Mais devant l’impunité des « élus » et malgré leurs moqueries des prophètes envoyés pour «sauver les meubles», c’est un roi étranger, un impur, un païen, un mécréant, qui rétablit le cœur architectural des Juifs: leur Temple ! Paradoxe… Dieu n’est pas juif, Dieu est universel…

Dans la Seconde lecture, c’est la gratuité de l’agir de Dieu que Paul souligne dans le rapport du Dieu de Jésus-Christ avec nous. Le terme technique est «grâce».

Et voilà tout le plan de Dieu condensé dans ces deux éléments essentiels: quiconque – même une personne jugée «hors-clan» – peut être instrument du bien pour autrui sans le souiller car le concept d’impureté n’est qu’une barrière mentale à une non-réalité… «rien n’est sale qui n’est pas à sa place», disait l’autre ! Et cela, dans une gratuité à couper le souffle: Dieu ne s’achète pas, Dieu ne se paye pas, Dieu ne se monnaye pas, Dieu s’offre, se donne, s’aventure sans rien demander… et par les moyens qui LUI semblent justes, quitte à ce que cela dérange le bien-pensant, le bien-priant, le bien-comme-il-faut canoniquement…

Donc, le Carême est un chemin pour veiller : à ce que, dans notre ordinaire, l’étrange, l’étranger, l’inattendu, l’impromptu, le non-agendé, l’imprévu soient AUSSI une occasion d’avancer – au lieu de crisper, coincer, gêner… Faites confiance ! Et que, dans notre ordinaire, la gratuité est à vivre vis-à-vis de Dieu et d’autrui: (s’)offrir, ne pas compter son temps, vaquer dans l’attente… – cela relaxe, zénifie, tonifie… Essayez !

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 12

« Lui-même connaissait ce qu’il y a dans l’homme. » Mieux : les nouveaux croyant.es à Jérusalem, il les connaissait tous, prétend l’évangéliste Jean !

Jésus connaisseur de l’être humain, quelle aubaine pour nous !

Il sait donc de quel bois nous nous chauffons lorsque nous sommes en colère – comme lui qui « fit un fouet avec de cordes et les chassa tous » !  Oui, parfois, nous sommes colère…mais pour quelle(s) raison(s) ?

Il sait donc que nous sommes aussi capables de nous rappeler une parole entendue jadis, qui soudain peut prendre sens dans la vie concrète – comme les disciples qui se souviennent « qu’il est écrit [que] l’amour de ta maison fera mon tourment ». Oui, parfois, nous sommes réminiscence…de quelle(s) Parole(s) ?

Il sait donc que nous sommes humour également, amateurs de jeux de mots, de litotes, de quiproquo, de métaphores – comme lui qui prétend détruire le Temple construit en 46 ans pour le rebâtir en 3 jours…et de préciser qu’il parle de son corps, bien sûr ! Oui, parfois, nous sommes humour…de quel genre ? Il sait donc que nous sommes des croyant.es en chemin, qui évoluons par étapes – comme les disciples qui « crurent à [s]a Parole … quand il se réveilla d’entre les morts ». Oui, parfois, nous sommes ressuscités…en relecture !

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 11

«Ressusciter d’entre les morts»… Pierre, Jacques et Jean se demandent ce que cela peut bien vouloir dire… Et nous? Saurions-nous expliquer la résurrection, celle du Christ, et la nôtre? On la professe, mais quant à l’expliquer… Peut-être que cet Evangile de la Transfiguration nous donne des pistes…

La résurrection, notre résurrection, c’est peut-être comme grimper et redescendre d’une montagne. Le printemps installé tout soudain ces jours-ci nous invite à sortir se promener, se balader, cheminer, et même si la montagne est enneigée, on peut gravir les collines de nos plaines alentour et connaître un tant soit peu la dynamique de la…résurrection: fournir un effort, trouver un rythme, cadencer correctement le pas, les bras, le corps, le souffle, pour viser le haut, s’orienter plein ciel, avant de jouir du panorama, s’arrêter pour contempler.. et continuer, decrescendo, vers la plaine, la vie, la cité, le plat… mais requinqué, réanimé, revigoré par ce que l’on aura sué et observé – et pas juste aperçu…

La résurrection, notre résurrection, c’est peut-être comme écouter, et pas juste entendre; regarder, et pas juste voir; respirer à pleins poumons et pas juste humer; et vivre ainsi l’effet d’une telle profondeur au-dedans de nous… et se dire que Dieu passe par toutes sortes de moyens pour nous rejoindre… La résurrection, notre résurrection, c’est peut-être quitter pour se centrer: quitter Moïse et Élie, et se concentrer sur Jésus seulement, sur Jésus seul, sur Jésus d’abord… Quitter la religion pour entrer dans la relation (synonyme de «religion» !) simple avec Jésus…non pas le Palestinien du 1er siècle, mais le Vivant aujourd’hui, le Ressuscité maintenant, qui vit au cœur de notre cœur…au cœur de notre vie… au cœur de notre monde qu’il emplit de son Esprit «qui va et vient comme il veut»… Déconcertant? Oui, comme la/notre Résurrection…

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 10

« Je mets mon alliance au milieu des nuages… », dit Dieu à Noé. Et ce fut le premier arc-en-ciel…

Car’aime oblige, levons le nez ! Contemplons ciel et nues… Prenons le temps de goûter ce qui passe devant notre nez !

« Aucun être de chair ne sera plus détruit… », dit Dieu à Noé. Et Mère Nature se réjouit…

Car’aime oblige, balayons du regard nos alentours ! Contemplons nature, flore et faune… Prenons le temps de humer leur présence, quitte à s’aventurer un peu en forêt ou en campagne pour sentir ce qui réveille nos narines !

« Je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous… », dit Dieu à Noé. Et Dieu ne cesse de se complaire en nous…

Car’aime oblige, je peux me délecter de son Évangile qui me rappelle combien Dieu est uni à moi, et ne cherche qu’à s’unir davantage, dans la liberté d’une amitié sanctifiante… Jésus, lui, séjourne entre « bêtes sauvages » et « anges qui le servent »… pendant 40 jours, tenons la barre sur médian, voguons à nœuds raisonnables, naviguons, tel Noé, sur la réelle réalité…

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 9

«Un lépreux vint auprès de Jésus». Quel toupet  cet insalubre, cet impur, ose s’approcher du Tout-Saint, du «Fils de Dieu», du Pur par excellence… Quelle témérité! Ou quel désespoir…

Et Jésus le guérit, par 6 fois ! Parce qu’il est saisi de compassion; parce qu’il fait un mouvement vers lui après que le lépreux s’est bougé en sa direction; parce qu’il le touche – ô sacrilège car selon la Loi, Jésus devient alors impur! –; parce qu’il lui révèle sa volonté pour lui: «Sois purifié!»; parce qu’il le renvoie, le libérant de devenir dépendant de lui; parce qu’il l’invite à témoigner selon les normes requises («ce que Moïse a prescrit dans la Loi»)… Et c’est le lépreux qui a déclenché tout ça en allant le premier vers Jésus…

6 modes de purification, de guérison, de libération, de salut: et tout part du sentiment de compassion de Jésus à l’égard de ce lépreux.

C’est le PREMIER sentiment de Dieu à notre égard… la compassion, la com-passion… Pas ce sentiment laiteux de bourgeoises émues devant l’indigence d’autrui… non. La com-passion…. Dieu est passionné de nous, de chacun.e de nous, et le préfixe «com» rappelle que ce n’est qu’AVEC nous que Dieu est, dans le fond.

Il est passionné du monde, de chacun.e des êtres vivants en partenariat avec nous. Et passionné, c’est à la fois amoureux et «qui souffre», comme dans la Passion du Christ…

Donc, nous ne risquons rien… de risquer Dieu dans notre vie: s’approcher, l’interpeler, lui crier dessus, l’engueuler, le supplier, le prier, lui parler…. si en contrepartie, nous sommes prêt.es à l’écouter nous dire: «Je le veux, sois purifié, sois vrai, sois…toi, au moins devant moi!»

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 8

« Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand… » Citation prise dans la première lecture de ce dimanche, tirée du livre de Job.

Citation qui semble vraie aujourd’hui encore : Jésus doit se lever « bien avant l’aube » pour s’isoler et prier… C’est dire s’il était occupé pendant le jour – et les tâches sont listées dans cette péricope : visiter une malade, guérir, expulser des démons qu’il empêche ensuite de parler…. et « aller ailleurs » pour proclamer l’Evangile… et recommencer…

Jésus certes n’a pas fait de burn-out, mais il a été – comme cela peut arriver – submergé, peut-être, en tous les cas « encombré » par « tout ce qu’il y avait à faire » en un jour…. Comment résister à la misère d’autrui ?

Mais il convient de cadencer. Donner  un rythme. Séquencer, si possible, afin de ne pas perdre pied, souffle, de vue le but : aimer et être aimé.e.

Comme le tisserand qui se réjouit de sa création, propulsant presque la navette de droite à gauche, puis de gauche à droite, et qui monte une ligne de coton après l’autre. Patiemment. Autant la navette file, autant les fils montent lentement… Heureusement. Le tissage est aussi important que le résultat – le chemin, que le but ? Métaphore de notre vie…

La pandémie a obligé à ralentir, à cadencer, à rythmer… à ralentir, à s’arrêter, à mourir même… Et pourtant, le Tisserand continue son œuvre. Rapide, la navette des jours et des nuits passe et repasse ; véloce, elle galope au gré des rencontres, des personnes, des expériences de vie…. Mais sachons nous arrêter, « bien avant l’aube », pour goûter un stop, « un endroit désert », et pourquoi pas y prier : silencieusement, len-te-ment, gratuitement, sans mots mais juste en étant là, ici, présent…

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 7

Un enseignement qui dérange… Jusqu’à un esprit impur… Comment comprendre cela aujourd’hui?

Et si c’était ma part d’ombre en moi, qui, chatouillée par l’enseignement de Jésus (idées, point de vue, etc.), se mettait à réagir… Il faudrait du coup savoir à quoi : que peut bien enseigner Jésus qui dérange mon ombrageux intérieur?

Que Dieu est vraiment au milieu de nous, présent et discret, malgré la médiocrité humaine déclinée sous mille et une formes : mensonges, harcèlement verbal et physique, vol et viol, abus de toutes sortes, pour ne pas parler des guerres et des famines et des exilés et des migrants et… Dieu toujours parmi nous ? C’est de l’ordre de l’absurde…ou de la foi…

Que Dieu n’ostracise absolument personne pour des raisons de niveau – social, économique, intellectuel, spirituel… – mais que Dieu s’intéresse à chacun.e, du pauvre au riche, du connu à l’anonyme, du saint au pécheur, du nain au géant… sans conditionS, sans exigenceS de départ, mais juste par amour? Dieu inclusif? C’est de l’ordre du candide… ou de l’espérance…

Que Dieu ne se venge pas, que Dieu ne punit, mais ne voit que le mieux en nous, celui dont nous sommes capables, et même plus parfois – par amour, justement – et dont Dieu en personne a élargi la limite…à l’illimité: aimer son ennemi, seule caractéristique purement christique, pour ne pas dire chrétienne… Un Dieu sans rancœur ni rancune? C’est de l’ordre de l’irréel…ou de la charité…

Qu’enseigne donc Jésus qui me dérangerait?

Thierry Schelling

L’Évangile a casa 6

Après Jean le Baptiste, voici Jésus. Il aura fallu l’arrestation de celui-là pour que se mette en route celui-ci. Nous sommes les anneaux d’une interminable chaîne qui traverse les siècles… Et nous venons après, nous succédons à. Nous avons aussi à prendre notre place, comme Jésus, dans le flux de l’histoire…

«Les temps sont accomplis…» Premiers mots de Jésus, chez Marc. Ceux de nos enfants, on se les rappelle: ils nous auront fait tellement plaisir, sourire, presque verser une larme s’il s’agissait d’un « manman » ou d’un «papa»… Jésus, la trentaine, va déclamer d’adulte à adulte: «Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche; convertissez-vous et croyez à l’Évangile».

Programmatique, contextuel, solennel, introductif, des qualificatifs que l’évangéliste Marc ne liste pas mais qui décrivent la place de ces «premiers mots» de Jésus. Ils sont comme un cartouche à 4 hiéroglyphes – gravures sacrées étymologiquement!

4 invitations illustrées par les paraboles, métaphores, aphorismes, récits, saynètes qui vont s’enchaîner page après page, « selon Saint Marc », sur 16 chapitres. Avec cet anachronisme : « croyez à l’Évangile » qui n’a pas encore été décliné en actes et paroles par Jésus lui-même puisque l’on est au chapitre 1 !

On pourrait moderniser ces 4 affirmations ainsi: «Allez, prête ? Tu vas voir, Dieu est là, en plein dans TA vie; secoue-toi une peu et crois ce que tu vas lire !»

Et loin de nous garder dans un cocon mystique, la suivance – le fait de devenir disciple de Jésus – va découler de ces lignes – de ses mots… – en nous faisant sortir de notre quotidien… pour mieux y retourner, mais avec Lui comme allié… Premier épisode d’une série palpitante?

Thierry Schelling