Homélie du dimanche des Rameaux, Année A, 4-5 avril 2020

Homélie du dimanche des Rameaux, Année A, 4-5 avril 2020

Dimanche de la Passion. L’Evangile change de couleur, il devient rouge, il faut entrer dans le sang, réentendre le récit de la Passion. Nous le connaissons bien. Nous en faisons un récit d’horreur et de compassion : comme Jésus a souffert! Or ce n’est pas ce que veut nous enseigner l’Evangile. Aux pleureuses de Jérusalem, Jésus, si accablé, trouve la force de dire: «Ne pleurez pas sur moi mais sur vous.» Oui, pleurons si nous n’arrivons pas à aimer comme Jésus, jusqu’à l’extrême. La Passion n’est pas une leçon sur la souffrance, c’est une leçon sur l’amour quand il va jusque-là.

Généralement on aime sans trop de difficultés, mais voilà que le ciel s’assombrit, l’orage éclate, nous sommes confinés ou, pire, on glisse dans une vie calme et grise: cela ne semble plus possible d’aimer. Non! dit la Passion, on peut toujours aimer si on y met le prix. Jésus nous a aimés jusqu’à la croix pour que nous entrions nous aussi dans l’amour coûte que coûte.

Nous avons vraiment écouté la Passion quand elle nous pousse à faire ou refaire le choix héroïque d’aimer. C’est un choix parfois très lourd mais il nous ouvre tout de suite le chemin de la paix heureuse et de la joie.

Il faut faire un pas énorme: se jurer de ne refuser aucun appel à aimer. De ne pas nous laisser bloquer par ce que nous appelons une impossibilité d’aimer. Mais rien n’est impossible, dit Jésus, si nous avançons avec Dieu. Il sait de quoi il parle. La Passion va nous redire qu’à Gethsémani il a été écrasé par l’impossible, lui, le Fils, le Bien-Aimé: «Père, éloigne de moi cette coupe.» il nous apprend ici que l’angoisse n’est pas déshonorante : celui qui s’enfonce dans la peur de la souffrance et de la mort peut se dire qu’il est très près de Jésus, accompagné par le Jésus de Gethsémani. Si on se cramponne comme lui à la prière, on pourra l’écouter quand il dit: «Lève-toi !» et vivre, toujours avec lui, notre propre chemin de croix sans perdre l’amour. Ni l’amour des frères qui nous font souffrir: «Père, pardonne-leur.» Ni l’amour du Père, l’amour le plus sûr, mais parfois si incompréhensible: «Père, entre tes mains je remets ma vie.»… L’air de rien Jésus entre dans notre ville, il entre dans nos vies, dans le bruit de nos jours. La douleur et la joie de nos heures, il les fait siennes. L’air de rien, il va s’attaquer à ce qu’aucun homme ne réussira jamais: il va tuer la mort. Il entre dans notre ville, il vient nous chercher, il vient nous transfigurer, nous ouvrir à l’amour qui peut tout. Regardez-le bien, l’air de rien, c’est le Sauveur du monde.

Thierry Fouet

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