Homélie du 5ème dimanche de Pâques – 9 et 10 mai 2020

Homélie du 5ème dimanche de Pâques – 9 et 10 mai 2020

Généralement lorsque les projets de voyage commencent à s’ébaucher, la première question qui vient à l’esprit c’est: «Où va-t-on aller?» et ce n’est qu’ensuite que l’on se demande: «Comment allons-nous y aller?». Or, Jésus vient curieusement bousculer la logique toute faite et les habitudes. Ce texte de Jean, révèle que l’important n’est pas de savoir où il faut aller, ce qu’il faut dire ou ce qu’il faut faire pour être fidèle à l’Évangile. Il dit que l’Évangile est le chemin. Philippe essaye de suivre en prenant un raccourci: «Bon, montre-nous tout de suite le Père». Réponse, encore un chemin court: «C’est fait, vous avez vu le Père puisque vous m’avez vu. Qui m’a vu a vu le Père.» Mais c’est là que le chemin devient long. «Il y a si longtemps que je suis avec vous, soupire Jésus, et tu ne me connais pas? Est-ce que tu arriveras enfin à croire que je suis dans le Père et que le Père est en moi?»

Philippe mettra longtemps à comprendre. Et nous aussi. Il nous est livré aujourd’hui une parole inépuisable, le chemin c’est de la parcourir dans tous les sens. A Noël, Jésus nous dit «Qui me voit, voit le Père». Qui voit ce bébé, voit Dieu, il voit l’innocence, la pureté, la pauvreté de Dieu. Mais où trouver des yeux pour voir tout cela? Au lavement des pieds, Jésus dit: «Qui me voit, voit Dieu»: Nous voyons l’humilité de Dieu! Mais comment laver nos fausses visions de sa puissance? Sur la croix, cet homme nu, sanglant, qui murmure «J’ai soif»: c’est Dieu… Oui… court et long chemin. Tantôt je m’acharne à voir Dieu et je perds Jésus-homme. Tantôt je vois si bien l’humanité de Jésus que je perds Dieu.

Le plus pressé dans l’Évangile n’est pas de savoir où il faut aller, mais c’est de se mettre en route. L’urgent, pour l’Évangile, n’est pas d’arriver au bout. Dans l’Évangile le vrai but, c’est d’être toujours en chemin. Où vont les chrétiens? Justement, ils vont. Ils marchent, ils sont en route, ceux du grand âge avec les plus jeunes et les enfants avec les plus âgés. Toutes et tous ils sont en chemin. Chacun avec son pas, chacun avec son histoire, chacun avec ses doutes et ses questions. On ne sait jamais le chemin d’avance, c’est en marchant qu’on le découvre. Car lorsque les chemins sont écrits d’avance, ils deviennent vite des prisons parce qu’ils ne sont plus que des slogans vides, des fanatismes, des systèmes et des doctrines ; cette route-là est toute tracée, mais l’homme y a perdu son humanité parce qu’il a été forcé de renoncer à sa liberté. Pour l’Évangile, le chemin n’est pas une doctrine, c’est une personne, c’est quelqu’un, c’est Jésus lui-même. C’est Jésus qui dit: «Viens», mais il ne dit pas où: c’est pourquoi la foi ne peut être qu’un chemin de confiance. C’est Jésus qui dit qu’il est «le chemin, la vérité et la vie…». L’alliance de ces trois mots dit suffisamment que la vérité ne peut pas être une tour où s’enfermer ni une citadelle à défendre ; la vérité est un chemin, c’est-à-dire un parcours, un trajet, un passage ouvert. Non seulement le rendez-vous de Jésus est sur le chemin de votre vie, mais c’est lui Jésus qui est votre chemin, qui est votre vie. Il faut en vivre. Une telle révélation serait un cadeau inutile si nous ne marchions pas, par Jésus, vers le Père. Voilà pourquoi il est le chemin. Savez-vous qu’au tout début de l’Église, on désignait les chrétiens comme des adeptes du «Chemin» (Ac 9,2). Même quand les jambes ne suivent plus, les cœurs, eux, vont toujours devant. Il n’y a pas d’âge pour marcher l’Évangile. Bonne marche.

Thierry Fouet

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