Voir toute chose dans la lumière de Pâques

"Je me retournai pour regarder..." (Ap 1,12). C’est le réflexe du voyant de l’Apocalypse quand il entend une voix forte pareille à une trompette. Et il contemple la gloire du Seigneur. "Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort..." (Ap 1,17).

Le livre de l’Apocalypse jouit d’un certain succès populaire. Livre difficile, il est devenu prétexte à toutes sortes de lectures, souvent catastrophiques. On croit y reconnaître certains événements tragiques et des personnages de notre actualité dont les méfaits auraient été annoncés. Cette lecture n’est pas nouvelle, mais elle a peu à voir avec le texte et son message. Il ne faudrait pas trop vite oublier que le terme apocalypse signifie dévoilement. Et le temps de Pâques nous invite à vivre cette démarche qui veut nous conduire au cœur de la réalité.

Il n’y a pas besoin d’un livre biblique pour constater qu’il y a dans notre monde quantité de situations problématiques et de personnages douteux. Le livre de l’Apocalypse invite à saisir ce qu’il y a derrière ces situations qui jalonnent notre histoire. Mais il invite surtout à une lecture plus en profondeur. Si les mécanismes du mal à l’œuvre dans l’histoire y sont dénoncés, ce qui est annoncé c’est qu’ils n’auront pas définitivement le dessus. Le titre d’un excellent commentaire -par ailleurs tout à fait accessible- de Jean Delorme et Isabelle Donegani le signifie bien : "L’Apocalypse de Jean, révélation pour le temps de la violence et du désir". Comment une communauté chrétienne en difficulté et en faiblesse peut-elle persévérer dans la foi ? Qu’a-t-elle à dire au monde qui l’entoure ? Quelle espérance l’anime ? On sent bien l’actualité de telles questions. Le livre de l’Apocalypse y apporte une réponse révélée. Et invite à un itinéraire dans la foi.

D’une certaine manière, Thomas illustre cet itinéraire. Il a sûrement mal vécu la mise à mort de Jésus et on peut penser que c’est pour cela qu’il a pris une certaine distance par rapport à la communauté des disciples. On a beau lui annoncer "Nous avons vu le Seigneur" (Jn 20,25), les faits douloureux de sa mort sont là et il lui faut d’autres faits pour qu’il prenne au sérieux une telle annonce. Il ne lui est pas encore possible de croire. Il a besoin d’une vraie conversion.

Cela ne lui sera possible qu’en étant "avec eux" (Jn 20,26), ces disciples rassemblés qui avaient reçu l’Esprit-saint (Jn 20,22). C’est le mystère de l’église Corps du Ressuscité…

Mais pour Thomas, comme pour Marie de Magdala, c’est la rencontre personnelle qui rend possible une profession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu" (Jn 20,28). Celui que l’on résume populairement à ses réserves, ses questions et ses doutes est le premier à professer aussi pleinement la foi. Parce que le ressuscité s’est "révélé" à lui. La rencontre du Ressuscité change son regard. Les mots "la paix soit avec vous" peuvent alors le rejoindre.

Ces mots résonnent aussi pour nous. Ils sont relayés par les mots adressés au voyant de l’Apocalypse en exil sur l’ile de Patmos quand le Seigneur posa sur lui sa main droite, en disant : "Ne crains pas (...) j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts" (Ap 1,17-18). Ils nous donnent de voir toute chose, même les plus dramatiques, dans la lumière de Pâques.

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 27 et 28 avril 2019.

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