Vivons en étant unis dans l'Esprit

"Que tous soient un" (Jn 17,21)

Cette demande que Jésus adresse au Père dans sa prière sacerdotale retentit chaque année dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Avec le risque qu’elle ne résonne à nos oreilles que comme une sorte de ritournelle nous invitant à avancer vers cette unité chrétienne que nous peinons à voir se concrétiser…

Cette année elle nous accompagne au moment où nous invoquons l’Esprit-Saint. En effet, il n’est pas impossible que nous nous reconnaissions dans l’attitude de ces disciples "fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait" (Act 1,10). Ils se sentaient abandonnés… Et pourtant, ils étaient ensemble. Je les devine, chacun portant en soi des sentiments divers. Leur unité était probablement de circonstance. Où pouvaient-ils aller en ce "soir du premier jour de la semaine" (Lc 24,1) alors que le corps de Jésus avait été "déposé dans un tombeau taillé dans le roc" (Lc 23,53) ? Deux d’entre eux avaient pris le chemin d’Emmaüs ; ayant été rejoints par le Ressuscité et l’ayant reconnu à la fraction du pain, "ils retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons" (Lc 24,33).

Ils ne le savent pas encore, mais leur être ensemble n’était pas seulement de circonstance. En effet, même s’il ne l’avait pas perçu, Jésus "se tenait au milieu d’eux" (Lc 24,36). Et d’une manière dont ils ne sont pas conscients c’est lui qui les rassemble. Dans l’apparente banalité de ce groupe où chacun partage ce qu’il a vécu, c’est déjà tout le mystère de l’Eglise Corps du Christ qui se manifeste.

En effet, lorsqu’il demande au Père "que tous soient un", Jésus ajoute "comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé" (Jn 17,21). Bien sûr, il s’agit d’être témoins crédibles de la présence du Seigneur. "De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde" (Jn 17,18). Mais cela n’est possible et n’a de sens qu’en vivant de la vie de Dieu, "moi en eux et toi en moi" (Jn 17,23).

Ce que Jésus demande pour nous au Père, c’est ce que nous soyons comme lui : il est entièrement en étant entièrement dans le Père et le Père en lui. "Le Père et moi, nous sommes un" (Jn 10,30). Telle est la réalité du Dieu unique. Chacune des personnes divines se donnant totalement, chacune est pleinement elle-même dans un mystère de communion. C’est à ce mystère que nous sommes appelés, c’est ce que Jésus demande avec force au Père pour nous. Et nous ne pouvons être pleinement nous-même qu’en vivant ce mystère.

Non, ce temps que la liturgie nous offre de vivre entre l’Ascension et la Pentecôte, ce n’est pas un temps de la solitude ou de la nostalgie. C’est le temps de l’invocation : viens Esprit-saint ! Car ce n’est que dans l’Esprit que l’unité que Jésus demande au Père devient manifestation de ce que nous sommes. "C’est l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu" (Rom 8,16). Filles et fils dans le Fils, il nous est donné, dans la communion, de vivre de la vie du Dieu unique !

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 01 et 02 juin 2019

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