Un Corps "en souffrance", mais plein d'espoir

"Mais où va-t-on ?!". Dans un monde où tout est en perpétuel mouvement, difficile de s’y retrouver. Face aux nombreuses menaces que connaît notre temps et au futur incertain qui se dessine, difficile de ne pas s’inquiéter… Alors, on se tourne vers des repères sûrs. « Comme Jésus sortait du Temple, un de ses disciples lui dit : "Maître, regarde : quelles belles pierres ! Quelles constructions !" » (Marc 13,1). Voilà du solide ! La "religion" n’est-elle pas ce qui demeure dans un monde où tout change ?


Mais voilà que Jésus répond : "Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici pierre sur pierre ; tout sera détruit." (Marc 13,2). Et c’est le choc !

Ce choc rejoint aujourd’hui celles et ceux qui viennent à connaissance de scandales commis au sein de l’Eglise. Certes, ce n’est pas que dans l’Eglise que de tels scandales ont eu lieu. Mais la blessure est d’autant plus profonde quand elle est infligée par ceux dont la vocation est de montrer la tendresse de Dieu pour ses enfants. "On a fait confiance, on s’est trompé" On nous a trompés !


Pour les victimes, c’est une expérience que rien ne peut effacer. L’écoute, la demande de pardon, l’empathie sont un baume précieux, mais le mal est fait ! Mais pour le peuple de Dieu, et plus largement pour les hommes et les femmes de notre temps, ce n’est pas seulement le résultat d’un acharnement médiatique, c’est un doute qui rejoint les cœurs et qui semble donner un poids particulier aux paroles de Jésus : "Prenez garde que personne ne vous égare" (Marc 13,5).


S’agirait-il de la fin de cette aventure d’Eglise avec les grandeurs et les misères qui ont accompagné son histoire ? Si vous lisez ces lignes, c’est que vous ne pouvez vous résoudre à une telle conclusion. C’est aussi que vous êtes sensibles au mystère de ce Corps du Christ qu’est l’Eglise et que vous savez d’expérience que "vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps" (I Corinthiens 12,27). Corps blessé, humilié, mais corps de celui dont nous savons que "par ses blessures, nous sommes guéris" (I Pierre 2,24).


D’une certaine manière, Jésus évoque ce que nous vivons : "En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté" (Marc 13,24). Mais pour ajouter aussitôt : "Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire" (Marc 13,26). Il a une grande force dans cet "alors" (τότε) : c’est là où la mort semble victorieuse que le Fils de l’homme manifeste sa gloire. Ce n’est que devant la croix qu’on peut le reconnaître: "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !" (Marc 15,39).


La mort frappe avec violence. Mais ressusciter, ce n’est pas redevenir ce que nous étions, c’est vivre de manière nouvelle.


Pour les victimes de violence et de crimes, c’est un chemin qui est long et difficile, mais jamais impossible. Pour nous, c’est une invitation à la conversion qui libère de toute violence. Pour l’Eglise, c’est la certitude d’être appelée à transfigurer les blessures subies et infligées en une manifestation concrète de l’amour de Dieu vainqueur de toute logique de mort.


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 17 et 18 novembre 2018

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