Tu veux être son disciple, laisse-Le t'aimer !

"De grandes foules faisaient route avec Jésus" (Lc 14,25). Voilà de quoi se réjouir ! Jésus commence à être connu. On l’a vu guérir des malades, on a été touché par sa manière d’être et d’accueillir chacun. Bien sûr, certaines des paroles qu’il a prononcées avaient paru dures, mais on les avait senties vraies. À la place de Jésus, nous aurions probablement profité d’un tel "succès". Mais c’est nous qui sommes préoccupés par le nombre d’adhérents… Jésus, lui porte un autre souci : celui de la raison qui fait que l’on "vient à lui" (Lc 14,26). Autant il est sensible à cette foule en chemin avec lui, autant il tient à être clair avec ceux qui veulent être ses disciples. Alors il "se retourne" (Lc 24,25) et il interpelle.

Les paroles qu’il adresse à la foule sont à première vue cassantes. Pour être son disciple, il s’agit de le mettre à la première place, avant les liens familiaux et même ses propres projets (Lc 14,26), d’aller jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte (Lc 14, 27) et de renoncer à tout ce qui nous appartient (Lc 14,33).

Un tel projet de vie serait absurde et déshumanisant s’il n’était pas la réponse à un amour sans limite. Au fond, Jésus est en train de dire : "tu veux être mon disciple, laisse-toi aimer !" Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit ! Et puisqu’en Jésus c’est l’amour de Dieu qui vient nous rejoindre, rien ne peut être plus beau, plus libérant, plus épanouissant. Il ne s’agit pas de casser des liens familiaux comme s’ils étaient mauvais, ni de rechercher des situations difficiles comme si elles étaient bonnes, ni même de se retrouver dans la misère, mais bien de faire passer avant toute chose ce qui nous unit à lui. Ce n’est qu’en lui que tout trouve sa véritable valeur et sa réelle plénitude. Et parfois, le suivre passe par des choix qui peuvent être douloureux.

À une foule qui a de la sympathie pour lui, Jésus propose un engagement de toute la vie. Il sait que c’est un défi, mais il sait aussi le risque d’un enthousiasme qui ne serait qu’"une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va" (Os, 6,4). Voilà pourquoi il invite d’abord à "s’asseoir" (Lc 14,28.31) pour vérifier notre désir d’être réellement son disciple.

Or, être disciple, c’est mettre ses pas dans les pas du maître. Et nous le savons, "Jésus, le visage déterminé" (Lc 9,31), prend la route de Jérusalem. Il ne cherche pas la difficulté ni la souffrance, mais il est prêt à y faire face pour aller jusqu’au bout d’un chemin qui conduit à la résurrection et à la vie. Il n’est pas un jusqu’au-boutiste qui se durcit par acharnement, mais un homme libre qui ne met pas de limite à l’amour. Il n’est pas un terroriste qui imposerait des règles impossibles, mais un compagnon qui veut que nous ayons la vie, "la vie en abondance" (Jn 10,10).

Grande est la tentation de réduire sa parole à une mesure qui nous semblerait "raisonnable". Grande est la tentation de la remplacer par un message sympathique capable d’attirer les foules. Mais le véritable disciple, même s’il peine à comprendre et se découvre lent et infidèle s’adresse à Jésus avec confiance: "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jn 10,68).

Par l'Abbé Marc Passera.
La Feuille dominicale du 07 et 08 septembre 2019.

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