Sur le banc des accusés, mais pardonnée gratuitement

"Et toi, que dis-tu ?"  (Jn 8,5). Question piège... les scribes et pharisiens qui la posent à Jésus ont déjà en tête une idée claire. Bons connaisseurs de l’Ecriture, ils sont à même de citer des textes qui font autorité pour la justifier.

Les faits sont là : "cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère." (v.4). Ils ne la regardent même pas, elle n’a pas de nom, pas de visage. A leurs yeux, une seule dimension résume son identité : elle est adultère. Peu leur importent les circonstances : c’est une pécheresse ! Son sort ne les intéresse pas. S’ils s’adressent à Jésus, c’est seulement pour "le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser" (v.6), comme si cette femme n’était pas là.

Or, elle est là, "au milieu" (v.3). Son passé exhibé à tous, c’est son péché. Son présent, c’est son humiliation, sa peur, sa solitude aussi - ni son mari ni "l’autre" ne sont là. Alors son futur...

À ce moment-là, Jésus ne peut pas lever son regard sur elle. J’aime penser qu’il partage l’attitude de cette femme au regard baissé. Au fond, n’est-ce pas lui que l’on cherche à accuser ? Mais il tient à répondre à ceux qui l’ont interpellé : "Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre." (v.7). Belle façon de renvoyer ces questionneurs à leur question. En effet, ils ne s’étaient pas mis en question dans leur question. Ils avaient montré du doigt la paille que la femme avait dans l’œil et voilà que Jésus les invite à regarder la poutre qui est dans le leur (cf. Mt 7,3). "Ayant entendu, ils s’en allaient" (v.9), le verbe à l’imparfait laisse entendre que c’est pour eux une démarche difficile à vivre.

Alors, Jésus peut se redresser et deux regards se croisent. L’accusée et celui que l’on cherchait à accuser peuvent se rencontrer, libres de toute pression et de tout hypocrisie. Jésus ne demande rien à la femme sur sa situation, la seule question qu’il lui pose concerne ses accusateurs : "Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ?" (v.10). Alors, pour la première fois, on peut entendre la voix de cette femme. Et c’est un dialogue libérateur qui commence : "Moi non plus, je ne te condamne pas" (v.11). Pour elle maintenant, un futur est possible : "Va, et désormais ne pèche plus". Et l’on comprend que cet impératif "va" est pour cette femme qui était condamnée à mort, ne serait-ce que socialement, le début d’une nouvelle vie. Déjà retentit la voix de celui qui siège sur le trône : "Voici que je fais toutes choses nouvelles." (Ap 21,5)

Ce qui a scandalisé dans ce passage de l’Evangile, à tel point que pendant longtemps on l’a passé sous silence, c’est que la femme ne demande rien à Jésus, elle est là, simplement "amenée" par ses accusateurs. Mais c’est aussi que Jésus ne met aucune condition à son pardon, il lui demande simplement de ne pas perdre dans le péché cette nouveauté de vie qui lui est offerte gratuitement.

Une question reste posée toutefois : qu’en est-il des scribes et des pharisiens ? Jésus les a aidés à comprendre que leur histoire aussi a été marquée de péché et que leur présent avait la tonalité de l’orgueil, sauront-ils entendre la voix de Jésus qui veut les ouvrir à une vie nouvelle ? Pour eux, la question reste ouverte et leur réponse leur appartient. Mais nous, d’où venons-nous, sommes-nous sans péché ? Et comment vivons-nous notre présent ? Mais surtout, savons-nous accueillir le futur auquel le Seigneur veut nous ouvrir et l’entendons-nous nous dire "va !" ?

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 6 et 7 avril 2019.

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