Soyons soumis à Sa volonté, en toutes choses

"Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ?" (Lc 9,54)

Ce qui me choque le plus dans cette question posée à Jésus, c’est une sorte de complicité dont les disciples sont convaincus. Certes, Elie avait invoqué le Seigneur : "pour que tout ce peuple sache que c’est toi qui es Dieu" (cf. I Rois 18,37) et c’est "le feu du Seigneur qui tomba" (v. 38) pour la perte des prophètes de Baal (cf. v.40). Mais Jésus allait-il entrer dans cette logique ?

Bien sûr, on avait refusé de recevoir ceux que Jésus avait envoyés (litt. les anges). Et ils l’avaient mal pris… Surtout Jacques et Jean, à qui Jésus donna le nom de "Boanerguès", c’est-à-dire : "Fils du tonnerre" (Mc 3,17). Ne s’agissait-il pas d’une mission que Jésus leur avait confiée comme Dieu l’avait fait avec Elie ? "Jésus se retournant les "réprimanda" (Lc 9,55).

Toute excessive qu’elle nous paraît, la proposition de ces envoyés ne nous renvoie-t-elle pas à un réflexe plus ou moins conscient que nous pourrions retrouver en nous ? Dans un environnement indifférent à l’Evangile, dans une culture qui montre une certaine hostilité envers les chrétiens, ne nous arrive-t-il pas de souhaiter une manifestation divine spectaculaire remettant les pendules à l’heure de la vérité ? Paul n’a-t-il pas dit "Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !" (I Cor 9,16) ? Alors pourquoi n’est-il pas accueilli ?

Jésus avait envoyé ces messagers "en avant de lui" (Lc 9,52). Et on comprend bien qu’il s’agissait pour lui de faire d’eux de véritables disciples. Il les envoie "en avant" pour qu’ils apprennent à le suivre… Or Jésus, "le visage déterminé prit la route de Jérusalem" (Lc 9,51). Il y sera humilié, condamné et mis à mort. Jusqu’où seront-ils prêts à le suivre ?

Luc nous dit que les messagers ne furent pas accueillis "parce qu’ils se dirigeaient vers Jérusalem" (Lc 9,51). On le comprend de la part des Samaritains. Mais s’il y avait une autre raison… Comment s’y sont-ils pris pour "préparer sa venue" (Lc 9,52) ? Etaient-ils vraiment disciples ? Jacques et Jean se sentent rejetés, mais quel était leur projet, leur désir, leur plan ?

Il m’arrive souvent d’entendre la tristesse de parents ou grands-parents qui ne peuvent partager leur foi avec leurs enfants ou petits-enfants. Ils ont pourtant fait ce qu’ils pouvaient… Alors, comment accepter que "les églises se vident" ? Mais quelle est notre attente ? Pensons-nous vraiment que Dieu abandonne son peuple ? Bien sûr, nous n’invoquons pas le feu ! Mais nous aimerions tant que le Seigneur manifeste sa présence de manière indiscutable…

Alors, la question vaut d’être posée : avons-nous le désir que se réalise sa volonté ou la nôtre ?
C’est peut-être de cette façon qu’il nous faut nous laisser interpeller par Jésus. Sommes-nous vraiment ses disciples prêts à le suivre là où il va ou avons-nous surtout le souci de transmettre une culture, des valeurs ou simplement un modèle de société ?

Jésus, lui se met en chemin. Un chemin riche de rencontres improbables. Certains le rejetteront, d’autres verront leur vie changée radicalement. Il ira à la rencontre de tous, mais jamais pour s’imposer. Le dernier qu’il rencontrera avant d’entrer à Jérusalem, ce sera Zachée à qui il est heureux de pouvoir dire : "Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison" (Lc 19,9). En nous appelant à le suivre, il nous invite à faire nôtre son attitude et il fait de nous des "anges" pour que tous puissent le rencontrer et l’accueillir.

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 29 et 30 juin 2019

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