Saint-Esprit : don de Dieu de Lui-même pour nous

"Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent" (Act 2,2). On ne s’y attendait pas… L’image est difficile à saisir. Elle mêle la vue et l’ouïe. On a l’impression de la comprendre et en même temps elle nous échappe. Mais ce qu’elle signifie est clairement affirmé : "ils furent tous remplis de l’Esprit Saint" (Act 2,4). Et c’est bien d’une expérience de vie qu’il s’agit. L’expression spirituel n’a pas pour le chrétien le sens d’un ailleurs qui nous échappe et qui aurait quelque chose d’exotique, mais bien d’une présence qui se manifeste à la manière d’un vent bruyant et violent qui nous remplit de manière inattendue, celle de l’Esprit. Et l’Esprit Saint, ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un !

Karl Rahner en avait parlé avec élan : "Il est là, il vit en nous. Il nous sanctifie, nous fortifie et nous console. Il est le gage de la vie éternelle, les arrhes d’une victoire qui ne connaît pas de limite. Le foyer de tout ce qui existe, le cœur et le centre de nous-mêmes. Et voilà notre insignifiance devenue le siège de la Réalité suprême et absolue, notre faiblesse celui de la force de Dieu, notre nature vouée à la mort celui de la vie éternelle. Notre nuit n’est plus que l’apparence déconcertante d’un jour sans couchant, les larmes de nos désespoirs et de nos déceptions sans cesse renouvelées qu’un masque grimaçant derrière lequel se dissimule une allégresse éternelle. Ce que Dieu nous donne, ce n’est pas seulement ses dons, qui restent, comme nous-mêmes, de l’ordre du créé et du fini : c’est lui-même, avec l’absolu et la transparence totale de son être, avec la liberté de son amour, avec la béatitude de sa vie trinitaire. Tel est le don qu’il nous a octroyé, et nous donnons le nom d’Esprit Saint à ce Dieu qui s’est prodigué à nous de la sorte. Il est à nous. Il est dans chaque cœur qui l’appelle avec foi et humilité. Il est tellement nôtre qu’on ne peut plus bien dire ce qu’est l’homme sans ajouter que Dieu même fait partie de son existence. Dieu est devenu notre Dieu. Tel est le message de Pentecôte" (RAHNER,K, L’homme au miroir de l’année chrétienne, Paris 1966, pp. 177-178).

Dieu veut faire notre bonheur par le don de lui-même. Mais y croyons-nous vraiment ? Le mystère de Pentecôte est–il au centre de notre cœur, la lumière et la force de notre vie ? Car si l’Esprit nous est donné, il ne s’impose pas, il ne force pas les portes de nos vies. "Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement" (Ap 22,17). "Le Seigneur nous a donné le pouvoir de devenir pour l’éternité enfants de Dieu : maintenant, notre salut est dans notre vouloir" écrivait Maxime le Confesseur (PG 90.953b).

Que la fête de Pentecôte nous aide à désirer pour nous et pour notre monde, celui en qui tout devient beauté. "Il nous faut retrouver l’ultime beauté, celle qu’apportent, que portent les souffles et le feu de l’Esprit. Car l’Esprit est "l’hypostase de la beauté". L’ultime beauté, c’est celle du visage de Dieu en l’homme, l’icône du Ressuscité, et celle des visages des hommes en Dieu, les icônes des ressuscités" (CLEMENT, O. Le visage intérieur, Paris, 1978, p. 92).

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 08 et 09 juin 2019

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