Restez sur vos gardes!

"Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a raison de penser ce qu’on pense". Voilà qui est clair ! Sauf que si l’on nous demande de dire ce que l’on pense, on est bien embêté ! Alors on se fait l’écho de ce que d’autres disent, on se fond dans l’air du temps. Or l’air du temps apparaît plutôt morose…

Dans un tel contexte, pouvons-nous encore entendre les paroles du prophète : "Voici venir des jours où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda" (Jer 33,14) ? Promesses si souvent entendues et si peu suivies de faits… Sauf que le prophète insère dans cette promesse un petit "oracle du Seigneur".


Le temps de l’Avent dans lequel nous entrons est invitation à écouter cet "oracle", Parole qui résonne à première vue comme toutes les autres, familières et souvent décevantes, mais qui, quand on l’écoute vraiment, est d’une extraordinaire fécondité : c’est la Parole de Dieu lui-même. Elle crée et recrée sans cesse. Elle est Parole de vérité qui ouvre au véritable bonheur.


Combien de paroles inauthentiques autour de nous ! Elles sont comme un bruit insistant. Un bruit de fond qui aplatit tout et qui finit par nous endormir. On comprend alors l’invitation de Jésus : "Restez éveillés et priez en tout temps" (Lc 21,36).

Parce que la réalité est ce qu’elle est. Et Jésus partage notre constat, il met même des mots sur nos angoisses: "Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde" (Lc 21,25-26). Mais face à cette réalité il ose dire aux siens : "Ne soyez pas terrifiés" (v.9). Nous invite-t-il à nous réfugier dans un monde virtuel où tout va bien ? Nous savons bien que non, mais plutôt à "faire face". Parce que c’est là qu’il nous faut découvrir sa présence. Une hymne que la liturgie a emprunté à Didier Rimaud retentit ainsi : "Puisqu’il est avec nous / Pour ce temps de violence, / Ne rêvons pas qu’il est partout / Sauf où l’on meurt... / Pressons le pas, / Tournons vers lui notre patience, / Allons à l’homme des douleurs / Qui nous fait signe sur la croix !".


Nous voyons et entendons ce que tout le monde voit et entend. Mais mettre nos pas dans ceux du Christ, c’est laisser que ce que nous pensons s’éclaire d’une lumière nouvelle. Elle ne s’impose pas, elle est là et nous fait signe… "Voyez le figuier et tous les autres arbres. Regardez-les : dès qu’ils bourgeonnent, vous savez que l’été est tout proche. Vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le royaume de Dieu est proche" (Lc 21,29-31).


Alors, on comprend la mise en garde : "Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie" (v.34). Alourdis, nous serons incapables de voir dans le petit enfant de la crèche la Parole faite chair. La seule qui mérite d’être accueillie et écoutée. C’est en Christ, Verbe incarné que Dieu réalise ses promesses. Et nos vies sont appelées à en devenir l’écho !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 01 et 02 décembre 2018

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