Relever les défis de Carême avec Christ

"Jésus, rempli d’Esprit Saint (…) fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable." (Lc 4,1-2)


Les quarante jours de notre Carême, il les a vécus aussi… C’est même parce qu’il les a vécus, que nous pouvons les vivre. C’est "rempli de l’Esprit Saint" qu’il "est conduit" au désert. Il s’agit donc d’une expérience "spirituelle".

Le Carême dans lequel nous sommes entrés, c’est pour nous aussi d’abord une expérience spirituelle. C’est l’Esprit qui fait de nous des vivants. C’est aussi l’Esprit qui nous "conduit à la Vérité toute entière" (cf. Jn 16,13). Et ce chemin passe inévitablement par la vérité sur nous-mêmes. Un chemin confronté à la tentation, à la mise à l’épreuve. Pour Jésus comme pour nous, il s’agit d’une réalité qui accompagne toute la vie. Jusque sur la croix, il sera mis à l’épreuve : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" (Lc 23,37). Et le défi était de taille…


Luc nous aide à nommer certains de ces défis :

"Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain" (Lc 4,3). Difficile, quand on a faim de résister ! Comment proclamer encore avec le psalmiste : "A toute chair, il donne le pain" (Ps 135,25) ? Difficile de vivre le manque. Mais risqué de remplir les vides de manière douteuse. Derrière cette tentation, il y a celle qui consiste à faire confiance à tout ce que l’on accumule pour se rassurer… Mais "L’homme ne vit pas seulement de pain." (Lc 4,4)


Lui ayant montré tous les royaumes de la terre, le tentateur dit à Jésus :

"Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela." Que ne ferions-nous pour être reconnus ? Dans un univers de starisation les propositions d’auto-valorisation, de carrière, de pouvoir ou de succès ne manquent pas. Mais n’exposent-elles pas au danger de ne plus être nous-mêmes ? :… "C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras". C’est en lui qu’est ta véritable dignité !


"Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas". Le tentateur propose à Jésus de montrer qui il est de manière spectaculaire. La tentation n’existe-t-elle pas pour nous de nous tourner vers un Dieu qui résoudrait nos problèmes de manière miraculeuse ? Un Dieu à notre disposition dont on pourrait se servir plutôt que de le servir. Ne nous arrive-t-il pas de dire à Dieu ce qu’il devrait faire pour notre bien ? … "Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu." Au jardin des Oliviers, Jésus avait demandé au Père d’éloigner de lui la souffrance et la mort. Mais c’est dans la confiance qu’il avait dépassé sa peur : "que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne." (Lc 22,42). Et il avait dit à ses disciples endormis : "Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation." (Lc 22,46)


Tout au long de notre vie, nous aussi sommes confrontés au défi de ne plus faire confiance au Père. Dominer la création en l’écrasant, nous mettre à plat-ventre pour être reconnus, nous servir de Dieu. Autant de tentations auxquelles Jésus a résisté en remettant sa vie entre les mains du Père. Sa victoire, c’est aussi la nôtre !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 9 et 10 mars 2019

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