Pour une foi vivante, agissante et grandissante

"Les Apôtres dirent au Seigneur : Augmente en nous la foi !" (Lc 17,5). On pourrait penser qu’il s’agit d’une question de quantité. Mais cela voudrait dire que l’on peut posséder la foi comme un bien propre. En avoir plus serait alors rassurant. Surtout que Jésus venait de dire "Il est inévitable que surviennent des scandales, des occasions de chute" (Lc 17,1) et que les Apôtres sont bien conscients de leur fragilité. Jésus venait aussi de traiter du thème délicat du pardon (cf. vv 3-4), aussi difficile pour les Apôtres que pour nous…

Jésus semble ne pas répondre : "Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi" (Lc 17,6). L’arbre dont il est question ici (συκάμινος) se caractérise par ses racines profondes et solides. Alors que le grain de moutarde est proverbialement le plus petit des grains.

Le contraste nous fait comprendre que la foi n’est pas question de quantité, mais d’une attitude, d’un dynamisme. La graine s’inscrit en effet au début d’un processus. C’est petit à petit qu’elle devient un grand arbre qui "dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre." (Mc 4,32). La foi devient alors style de vie et elle donne sa saveur à chaque situation.

"Le juste vivra par la foi" (Rom 1,17). Cette affirmation reprise du prophète (Hb 2,4) trace le profil du croyant : quoiqu’il arrive, il tient debout. N’est-ce pas ce que vivent quantité de personnes simples, incapables peut-être de dire la foi, mais qui sont autant de témoins de ce que Dieu est en train de réaliser en eux ? C’est aussi le témoignage de celles et de ceux qui ont connu des situations extrêmes et qui les ont affrontées dans la confiance. Plus ou moins consciemment ils ont redit les paroles du psaume : "Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert, moi qui ai dit dans mon trouble : « L'homme n'est que mensonge. » Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ?" (Ps 115,10-12). C’est ce bien reçu et accueilli qui fait la beauté de leur vie et qui se développe en toutes circonstances.

La parabole du serviteur (en vérité, il s’agit d’un esclave, δοῦλος), pourrait avoir quelque chose de choquant si le vocabulaire de Luc ne faisait clairement référence à la vie de la communauté chrétienne où chacun est appelé à prendre sa place au service de tous. C’est la foi qui se manifeste quand nous mettons nos pas dans ceux de Jésus qui avait dit aux siens "moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert" (Lc 22,27). Ce service est important, celui qui sert n’est pas inutile, mais il n’attend pas de récompense de la part de ceux qu’il sert. Son attitude est l’expression de la foi qui le fait vivre : "Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir" (Lc 17,10). Et François Bovon de noter : "Dieu a besoin des hommes et des femmes, mais il juge inutile ceux qui se croient indispensables". Parce que c’est dans la gratuité du service que la foi grandit et porte ses fruits. C’est une illusion de vouloir vivre sa foi comme recherche de son bien-être, même spirituel. Mais c’est un émerveillement de la voir grandir quand on se met au service des autres.

Par l'Abbé Marc Passera.
La Feuille dominicale du 05 et 06 octobre 2019.


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