Mystère de Noël : saisir l'Essentiel

"Que devons-nous faire ?" (Lc 3,10.12.14). Cette question, posée à Jean-Baptiste n’a rien perdu de son actualité. Les foules, les publicains et les soldats de l’Evangile, ce sont les politiques et les financiers d’aujourd’hui confrontés à "des temps difficiles", aux dangers terroristes et à toutes sortes de préoccupations. C’est aussi "l’opinion publique" inquiète face à un futur incertain. C’est chacun de nous ! Que devons-nous faire face à la pauvreté, à la violence, aux difficultés de vivre ensemble ?
Ceux qui interpellent le Baptiste attendent probablement des réponses qui donnent corps au désir qu’ils portent en eux d’un monde meilleur, mais aussi d’une vie mieux vécue dans un contexte problématique. Ils sont sûrement prêts à de grandes décisions qui changeraient tout…

Je les devine déçus par la réponse de Jean qui au fond les invite à vivre de la meilleure des façons la réalité qui est la leur. Probablement parce que Jean sait qu’il faut partir de soi et de son quotidien pour "changer le monde". Mais peut-être aussi parce qu’il est réaliste. Il est des réalités devant lesquelles on se sent tout petit. Faire les comptes avec ses limites est un signe de sagesse, reconnaître une certaine impuissance est signe de maturité.

Bien sûr, Jean-Baptiste ne dit pas qu’il faut baisser les bras, qu’il faut se résigner dans le mauvais sens du mot. Ce que nous pouvons faire, il faut le faire ; et il est probable que nous pouvons faire plus que nous ne pensons…

Mais on peut tout de même se demander pourquoi Luc note, aussitôt après, que de cette façon Jean "annonçait au peuple la Bonne Nouvelle" (Lc 3,18).
La Bonne Nouvelle, ce ne sont pas les améliorations petites ou grandes que nous pouvons apporter à nos vies, c’est une annonce : "il vient, celui qui est plus fort que moi (…) lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu" (v.16). Mais sa puissance, il ne la manifeste pas de manière spectaculaire. "Doux et humble de cœur" (Mt 11,29), il se fait proche, mais ne s’impose jamais. En se faisant l’un de nous, il prend le risque de ne pas être accueilli.

Pour entrer dans le mystère de Noël, il s’agit donc d’ajuster ce qui doit l’être pour ne pas passer à côté de lui sans le voir. Parce que "le voir, c’est voir celui qui l’a envoyé" (cf Jn 12,45). C’est aussi vivre de sa vie. Cela nous est donné. La part qui nous revient, c’est de l’accueillir. A chacun de se demander "que dois-je faire ?" et de répondre avec audace pour entrer dans la joie de la rencontre avec "celui qui vient" !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 15 et 16 décembre 2018

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