Les merveilles de la présence de Dieu dans l'Esprit

"J’ai encore beaucoup de choses à vous dire" (Jn 16,12). En face de Jésus, "les siens qui étaient dans le monde" (Jn 13,1). Il leur avait déjà beaucoup parlé, dans un dialogue plein d’émotion. Le dernier, avant qu’il ne "sorte avec ses disciples, qu’il traverse le torrent du Cedron" (cf. Jn 18,1) et que se mette en mouvement la machine de la Passion.

Je devine l’attention soutenue de ces disciples qui ne se fatiguent pas de l’écouter et qui désirent l’écouter encore. Alors je me demande : quel est mon désir à moi de l’écouter ? Parce que si Jésus leur avait dit : "pour l’instant vous ne pouvez pas les porter" (Jn 16,12), c’était pour ajouter aussitôt après : "Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière" ( Jn 16,13). Et je n’oublie pas que nous venons de fêter la Pentecôte, le don de l’Esprit…

En paraphrasant saint Grégoire le grand, Enzo Bianchi aime dire que "la Parole grandit avec celui qui l’écoute", qui la médite dans son cœur, qui la partage avec d’autres. Elle grandit en ceux qui sont attentifs à la vie, aux événements et à l’histoire. Elle accompagne notre itinéraire vers une plénitude. "Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu." (I Cor 13,12)

C’est toute la richesse de ce temps que la liturgie qualifie en français d’ordinaire. Riches de ce que Jésus a dit et fait, nous sommes invités à nous laisser guider par l’Esprit. Jésus l’a promis : "l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit" (Jn 14,26). Nos vies sont alors appelées à sortir d’une certaine banalité pour devenir une extraordinaire aventure en humanité, celle de la découverte progressive de la Parole qui crée et qui recrée sans cesse. Elle retentit aujourd’hui. Elle transfigure nos existences. Elle a un visage, celui du Ressuscité. Non, Dieu n’est pas une idée, c’est une présence. La sagesse n’est pas une manière de voir, elle est dialogue avec celui qui se met en chemin avec nous, plus encore qui est "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14,6).

Pour nous chrétiens, c’est une source intarissable d’émerveillement. Devant le Mystère du Dieu vivant qui échappe à l’emprise de notre raison, mais qui nous fait vivre. Devant notre existence elle-même "capable de Dieu", capable de le connaître vraiment, de l’aimer, de le louer. Mais aussi devant le monde tel qu’il est. Non que les chrétiens soient naïfs ou qu’ils se cachent tout ce qu’il peut y avoir de souffrance, d’injustice et de laideur dans notre société, mais dans le don de l’Esprit ils apprennent à voir toute chose à la manière de Dieu.

On a beau s’obstiner à considérer les croyants comme rétrogrades, ternes et empêcheurs de progrès. Les chrétiens eux savent qu’il y a mieux à faire que de se conformer à l’air du temps (cf. Rom 12,2) ; il y a à vivre toute chose dans l’Esprit. Mais attention, le danger existe du contre-témoignage. Affirmer la foi sans en vivre. Proclamer le mystère de la Trinité, sans entrer dans l’élan de son amour. Vouloir défendre un certain profil de chrétien, mais sans voir la présence de Dieu au cœur de notre monde et sans l’accueillir dans nos vies. Parler de lui, mais sans l’écouter. Que l’Esprit qui nous est donné fasse de nous des êtres libres, fraternels, capables d’émerveillement et de gratitude et qui se laissent guider par l’Esprit.

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 15 et 16 juin 2019

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