Le Mystère de l'Eucharistie

"Donnez-leur vous-mêmes à manger" (Lc 9,13)

C’est l’invitation que Jésus adresse à ses disciples inquiets pour la foule qui l’avait longuement écouté alors que le jour commençait à baisser. N’est-ce pas l’invitation qu’il nous adresse aujourd’hui encore dans ce monde où nous, ses disciples, nous portons l’inquiétude de notre temps ? Mais quelle nourriture avons-nous à offrir à nos contemporains ? Et nous nous souvenons des paroles de Jésus : "Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif" (Jn 6,35). Cette affirmation résonne pour nous accompagner d’une promesse : "Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde" (Mt 28,20). Et sa présence nous donne de contempler toute réalité "en lui". C’est certainement un immense service que nous pouvons offrir à notre temps, spécialement quand l’espérance vient à manquer ou que certains font l’expérience du vide et du non-sens, que de signifier par notre manière d’être et parfois par nos paroles que le Seigneur est avec nous en toute circonstance.

C’est une présence qui se fait relation, amitié. Cette amitié que St Thomas d’Aquin nomme mutua inhaesio pour signifier que l’on devient inséparable. C’est bien cela qui nous est donné dans le Mystère de l’Eucharistie. Partageant le pain, Jésus dit "ceci est mon Corps". Il a voulu nous dire "qu’il nous est si présent sous l’espèce du pain que nous pouvons vivre de lui". Il est présent comme la nourriture (…) Quant au vin, il va avec la fête. Par le signe du pain et du vin, Jésus indique qu’il veut se faire présent dans la vie quotidienne et son cortège d’épreuve, et aussi dans la joie de la fête". Ici à Genève, Franz-J Leehnardt expliquait : "Les événements vont se précipiter et enlever aux disciples leur compagnon bien-aimé. Jésus-Christ choisit ce pain pour qu’il serve d’expression à sa volonté de continuer sa présence à ses disciples au-delà de la séparation. Lui, on ne le verra plus, mais sa présence continuera, et elle continuera d’être comme maintenant, corporelle".

La "Fête-Dieu" nous invite à vivre ce mystère de l’Eucharistie dans ce qu’il a d’essentiel. Elle nous invite à l’adoration. En effet, "dans la présence eucharistique le Seigneur reste mystérieusement présent au milieu de nous comme celui qui nous a aimés et qui s’est livré pour nous (Gal 2,20), et Il le reste sous les signes qui expriment et communiquent cet amour. L’Eglise et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l’amour. Ne refusons pas le temps pour aller le rencontrer dans l’adoration".

Et si à Genève nos processions de la "Fête-Dieu" ne sont que symboliques, c’est peut-être pour que nous portions en nous le mystère de l’Eucharistie et que, devenus eucharistiques nous en devenions des "ostensoirs" partout où la vie nous conduit. Quelle belle façon de proclamer à tous que le Seigneur est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde !

Par l'Abbé Marc Passera
La Feuille dominicale du 22 et 23 juin 2019

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