L'attitude de cœur qui plaît au Seigneur

"Méfiez-vous des scribes" (Marc 12,38). Jésus serait-il en train de jeter le discrédit sur une catégorie de ses contemporains ? Tel qu’on le connaît, ce n’est "pas son genre" ! Mais il sait que les scribes, qui savent lire et écrire, qui commentent les Ecritures et qui jouissent d’une autorité reconnue sont exposés plus que d’autres à certaine dérives.

Il me semble que Jésus en signale deux, d’ailleurs liées entre elles : le carriérisme et une certaine immoralité : vouloir être reconnus à tout prix et faire "ses intérêts" jusqu’à "dévorer le bien des veuves" (Marc 12,40) tout en sachant la fragilité de leur situation.

Mais ce ne sont que deux symptômes d’une attitude dans laquelle nous risquons tous de tomber. Il n’y a rien de mal à être reconnus et appréciés. Mais quand cela ne s’appuie que sur l’image que l’on donne, c’est risqué ! Et ce pourrait ne plus s’inscrire dans cette vérité qui seule nous rend libres (cf. Jean 8,32). Plus grave encore, quand, profitant de son statut social, on s’enrichit à tout prix au point de ne plus se rendre compte du tort que l’on fait à d’autres.

Qu’y a-t-il derrière une telle attitude ? Le besoin de se mettre en avant en se considérant comme la référence ultime de tout. Paradoxalement, un ego qui enfle de cette manière conduit à être superficiel, à ne prendre en considération que ce que l’on a et ce que les autres disent de nous.

Intéressante, à ce titre la petite réflexion à laquelle Jésus invite ses disciples et nous aujourd’hui. Des riches avaient mis beaucoup dans la salle du trésor pour les travaux du Temple, mais ce n’était que du "superflu". Et le mot me fait penser inévitablement à quelque chose de "superficiel". De grosses sommes, oui, mais qui n’impliquaient pas leur cœur menacé de durcissement.

Une pauvre veuve ne put y mettre que quelques pièces. Pas très utile pour la reconstruction du Temple ! Mais nécessaire pour que le Temple ne perde pas son sens : celui de rendre possible une rencontre avec Dieu. En effet, "elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre." (Marc 12,44).

Nous le savons bien, nous pouvons construire une réputation sur un certain vide, nous pouvons aussi nous enrichir de manière injuste, mais devant Dieu qui "pénètre les cœurs et qui scrute les reins" (Jérémie 17,10), on ne peut jouer à ce jeu-là ! Il nous attend dans un cœur à cœur sincère.

L’homme riche qui était venu à la rencontre de Jésus (cf. Marc 10, 17-22) aurait certainement été prêt à faire une offrande consistante, mais pas à le suivre. Sa richesse et même son bon comportement étaient aussi pour lui son poids.

Faut-il aspirer à devenir miséreux ? Certainement pas ! Mais à vivre de cette richesse du cœur qui nous permet de partager ce que l’on a et ce que l’on est. Faut-il vivre caché pour vivre heureux ? Ne vaut-il pas mieux prendre sa place là où la vie nous appelle en osant la vérité, libre de toute peur ?

Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 10 et 11 novembre 2018

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