La tapisserie et la chapelle Saint-Victor

Alice Basset (1925-2003) a fait partie du groupe d’artistes qui a œuvré à la rénovation de l’église Saint-Joseph entre 1936 et 1950. Son apport le plus spectaculaire est la tapisserie à la gloire de saint Victor qui orne la chapelle située au fond de l’église.

Cette œuvre a été réalisée en l’honneur du compagnon d’armes de saint Maurice qui, selon la tradition, a subi le martyr à Soleure aux côtés de saint Ours lors de la persécution ordonnée par l’empereur Maximilien Hercule contre la légion thébaine vers l’an 300. D’une dimension de 25 mètres carrés, elle a nécessité 18 mois d’un travail pour lequel des laines de plus de cent nuances ont été utilisées. Paillettes, cabochons, petits motifs métalliques, cuir doré et argenté, satin et brocard ont aussi été employés, donnant à l’ensemble un relief particulier et original.

Cette tapisserie, dont Alice Basset, qui était tout à la fois artiste-peintre, illustratrice et accessoiriste de théâtre, avait préalablement dessiné le carton, ne représente pas une scène précise mais la fusion de plusieurs éléments : la légion thébaine et saint Maurice les mains liées derrière le dos, saint Victor recevant la couronne du martyr, une procession menée par l’évêque de Genève qui porte une châsse d’or contenant les reliques du même saint, tels sont les trois éléments principaux de cette tenture où figurent également les armoiries de l’abbaye de Saint-Maurice et celles du chapitre cathédral de Genève.

Saint Victor se retrouve évoqué dans l’un des six vitraux qui ornent la chapelle, et dont les cartons sont également dus à Alice Basset. Réalisés par le maître verrier fribourgeois Fleckner, ils représentent sept sanctuaires médiévaux qui, avant la Réforme de 1536, étaient situés sur le territoire de la paroisse ou ses environs immédiats. L’un d’entre eux était le prieuré de Saint-Victor, édifié approximativement à l’emplacement de l’église russe actuelle pour abriter les reliques du saint offertes par la ville de Soleure.

Entre 2001 et 2003, une nouvelle réfection de l’église a notamment permis de moderniser son mobilier liturgique. Celui de la chapelle a été confié à François Reusse, l’un des derniers orfèvres genevois en art sacré, issu d’une famille d’artistes proches du groupe Saint-Luc. Fondé en 1919 par des artistes qui souhaitaient renouveler et développer un art liturgique alors caractérisé par des productions stéréotypées et souvent mièvres, celui-ci s’est fait connaître grâce au grand mouvement de construction ou de restauration d’églises qu’a connu notre diocèse entre 1920 et 1945. L’église Saint-Joseph est un bel exemple de réalisation due à des membres actifs de ce groupe, et à l’un de leurs héritiers.

Par Chantal Renevey Fry
Le Lien des Paroisses, Magazine des Unités pastorales La Seymaz et Champel/Eaux-Vives.


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