La parabole du "Fils prodigue" : A vous d'écrire la conclusion

"Un homme avait deux fils…" (Lc 15,11). C’est ainsi que commence la plus connue des paraboles. S’agit-il de "l’enfant prodigue" ou du "Père miséricordieux" ? Bizarrement, les titres proposés oublient le troisième personnage, celui en qui les pharisiens et les scribes à qui Jésus s’adresse sont sensés se reconnaître (cf. Lc 15,2). Parce qu’ils sont bien trois les personnages de cette parabole qui est une véritable provocation bien plus qu’une belle histoire.

Il y a le plus jeune. Il veut faire sa vie. Contre toute logique, il veut "la part de fortune qui lui revient" (v.12), comme si le père était déjà mort. Il ne lui faut que "peu de jours" (v.13) pour organiser son départ et "faire sa vie" qu’il imaginait heureuse en dilapidant ce qu’il avait obtenu. Pour lui, son père n’avait rien compris, il ne savait pas "profiter de la vie". Au milieu des porcs dont il devra s’occuper, il s’apercevra que désormais "personne ne lui donnait rien" (v. 16). Solitude douloureuse dont il essayera de se relever. Conversion ? pas sûr… C’est surtout pour sauver sa peau qu’il pense à son père comme le patron qui pourrait l’engager comme ouvrier. J’imagine qu’il a dû apprécier la fête que son père organise pour son retour, mais a-t-il considéré son père avec un regard nouveau ? La parabole ne le dit pas…

Il y a l’aîné. Travailleur consciencieux. Il respecte son père. Il sait sa responsabilité face au patrimoine familial. Il fait ce qu’il faut avec ce sens du devoir qui souvent va de pair avec une certaine culpabilité plus ou moins refoulée. Au fond de lui, on devine une amertume qu’il n’hésite pas à jeter à la figure de son père : "Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis" (v.29). Son sens de la justice cache mal l’étroitesse de son cœur. A-t-il accepté de prendre part à la fête ? La parabole ne le dit pas non plus…

Puis il y a le père. Contre l’usage admis et reconnu de tous, lui, garant des biens de la famille, dilapide de fait sa fortune. Educateur n’ayant pas obtenu de bons résultats, il accueille à nouveau ce fils qui avait mis en danger l’équilibre familial. Au lieu de lui faire la morale, il "courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers" (v.20). À son fils aîné qui ne le comprend pas, il donne une explication inattendue : "Il fallait festoyer et se réjouir" (v. 32). N’exagère-t-il pas ? Les deux fils ont de bonnes raisons de le penser. L’un parce qu’il sait qu’il a mal agi, l’autre parce qu’ayant bien agi ne peut accepter ce qui lui paraît injuste.

Le père est à la fête : "mon fils était mort et il est revenu à la vie" (v. 24) et lui retrouve sa place de père. Mais les deux frères, retrouvent-ils leur père et se retrouvent-ils comme frères ? À nous de nous reconnaître dans la parabole et d’en écrire la conclusion…

Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 30 et 31 mars 2019


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