Je ne sers à rien

"… Je ne sers plus à rien…" Combien de fois l’ai-je entendu ! Spécialement dans les homes ou de la bouche de gens qui avaient été particulièrement actifs toute leur vie. Et combien je comprends ce sentiment… Mais à quoi tient notre vie ?

On le sait, il y a des âges dans la vie. Et on ne fait pas les mêmes choses à 20 ans et à 80. Mais si l’on voit bien ce qu’on ne peut plus faire, voit-on assez, avec l’âge qui avance, ce que l’on peut vivre, alors que cela nous était impossible avant.

J’aime ce que Paul écrit aux Corinthiens : "Nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour" (2 Cor 4, 16). Et Paul en dit la raison : "Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus" (2 Cor 4, 14).

Marthe avait partagé à Jésus sa conviction devant la mort de son frère Lazare : "Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour" (Jn 11, 24). Jésus l’invite à un regard plus profond : "Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais" (Jn 11, 26). C’est maintenant qu’il s’agit de vivre en ressuscités.

Il est des regards désabusés qui s’inscrivent dans une "logique de mort", il est des situations difficiles où se manifeste l’élan de la Résurrection. Thomas est comme mort quand il dit "si je ne vois pas…" (Jn 20, 25). Mais quand, le premier, il proclame la foi : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20, 28) n’est-il pas lui-même ressuscité ? Et Marie de Magdala, et les disciples d’Emmaüs, et les autres…

Comment vivre le mystère de la résurrection quand on sent nos forces nous quitter, quand plus personne ne fait appel à nos compétences, quand on a besoin d’aide ?  Jésus invite à un chemin étonnant : "naître à nouveau, naître d’en-haut" (Jn 3, 3). L’objection de Nicodème, on la connaît : "Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ?" (Jn 3, 4) Jésus ne lui répond pas ; il répète son invitation. Et si Nicodème a osé l’accueillir il aura été le premier à s’émerveiller d’une fécondité inattendue. Une fécondité que les petits-enfants retrouvent chez leurs grands-parents, qui réjouit les visiteurs de homes, qui brille sur le visage des personnes âgées.

Il y a là un signe de la victoire du Ressuscité, de la vie plus forte que tout vieillissement !

Par l'Abbé Marc Passera
Le Lien des Paroisses, Magazine des Unités pastorales La Seymaz et Champel/Eaux-Vives.

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