Christ au milieu de nous pour rejoindre nos attentes

"Le peuple était en attente" (Lc 3,15) Attente de quoi ? Attente de qui ? Luc n’explicite pas.

Mais il nous dit que ce peuple s’était mis en marche, il était descendu jusqu’au Jourdain pour donner corps à son attente. Chacun y était venu avec ses réalités de vie, peut-être avec le secret espoir de résoudre les difficultés auxquelles il était confronté.

J’imagine la déception de ceux qui attendaient une solution miracle. Ils le savaient d’eux-mêmes qu’il fallait changer quelque chose à leur vie, ils n’avaient pas besoin que Jean le leur dise. Mais malgré leurs efforts sincères, malgré leur bonne volonté, ils ne découvraient que leur impuissance à devenir des hommes nouveaux. Et pourtant, "tous se demandaient si Jean n’était pas lui-même le Christ" (v.15). Alors, Jean leur parle clairement : "Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi" (v.16). Non, votre attente n’est pas sans espoir, vos efforts ne sont pas vains. Et Jean propose "un baptême de conversion pour le pardon des péchés" (cf. Mc 1,4).

Et voilà que Luc, nous signale, comme en passant, que Jésus est au milieu de cette foule, qu’il reçoit lui aussi ce baptême (cf. Lc 3,21). Que faisait-il parmi ces pécheurs? Avait-il quelque chose à se faire pardonner? Non ! Mais il est bien à sa place. Ni devant, ni derrière, ni au-dessus, mais au milieu. C’est bien pour cela qu’il est venu : pour être solidaire avec ce peuple. C’est là que commence son ministère public. Il le dira aux scribes et aux pharisiens : "Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent." (Lc 5,32).

Ne ferait-il que répéter l’enseignement de Jean? Non, En entrant dans les eaux du Jourdain, il vient rejoindre notre réalité souffrante pour la transfigurer, pour la recréer. Ce que le peuple venu vers Jean attendait, c’est ce qu’Isaïe avait si bien exprimé : "Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face" (Is 53,19). C’est ce que maintenant Jésus réalise. "Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie." (Lc 3, 21-22). Présence de la Trinité, nouvelle création. La liturgie de l’Orient proclame : "Le Christ est baptisé, il sort de l’eau et relève le monde avec lui. Il voit ouvert les cieux qu’Adam avait fermés". C’est vers lui que le peuple venait sans le savoir encore. Animé d’un désir devenu attente. Et nous, l’attendons-nous encore? Etrange question, que la liturgie nous pose encore une fois au terme du temps de Noël. Mais aujourd’hui encore, c’est notre attente qu’il vient rejoindre. Difficile dans une société où nous sommes facilement blasés de voir celui qui est au milieu de nous pour que nous devenions "fils et filles dans le Fils". Difficile dans nos vies agitées et bruyantes d’entendre la voix qui dit à chacun de nous "Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie" (Lc 3,22) !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 12 et 13 janvier 2019


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