Adoptez un regard nouveau : oser le désert !

"L’an quinze du règne de Tibère..." (Lc 3,1-2). Intéressante cette manière de se situer dans l’histoire ! On se réfère aux "grands". Notre temps pourrait être celui de Trump et de Poutine si ce n’est de quelques autres... N’est-ce pas d’ailleurs de cette manière que l’on est informé ? Puis vient un petit "dans le reste de l’actualité...". Et c’est souvent là que l’on nous signale des réalités de violence et d’injustice, mais "en passant", comme si cela n’avait qu’un intérêt tout relatif.


A plusieurs reprises, l’Evangile de Luc invite à un déplacement du regard. Bien sûr, il y a les grands dont l’histoire officielle a conservé les noms, mais ce ne sont pas eux les vrais "puissants". Après les avoir cités, Luc écrit : "la Parole de Dieu fut adressés à Jean, le fils de Zacharie dans le désert" (v.2)


Le désert ! Un véritable défi pour nous qui avons si souvent le sentiment de côtoyer les "grands", qui sommes entourés (sinon encerclés) d’images et de sons. Nous avons un avis sur la plupart des problèmes de notre temps et sommes convaincus d’en détenir les solutions.


Le désert nous apparaît alors comme le lieu du vide et de l’inutile. C’est pourtant là que retentit pour Jean la Parole de Dieu. C’est probablement là que nous aussi pouvons l’entendre. Et elle nous renvoie au véritable vide, celui que nous remplissions souvent de manière illusoire. Après avoir écouté cette Parole, Jean nous interpelle. Citant le prophète, il annonce que "tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées" (Is 40,4). C’est là l’œuvre de Dieu, mais qui suppose que nous y soyons attentifs : "Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers" (Lc 3,3 ; Is 40,3). Avec  une question de virgule dans le texte : faut-il lire "une voix proclame : dans le désert préparez..." ou : "une voix proclame dans le désert". Et si les deux lectures étaient complémentaires... L’invitation s’adresse à nous dans un désert que nous sommes tentés de fuir. Mais ne serait-ce pas parce que nos vies elles-mêmes, même remplies de mille choses, sont comme un désert ?


Oser le désert et accueillir l’invitation à préparer les chemins du Seigneur, c’est à la manière des prophètes, devenir capable d’un regard nouveau. Intéressant le passage du livre de Baruc que nous offre la liturgie de ce dimanche. Le peuple connaît la situation difficile de la déportation qu’il considère sans espoir. Le prophète, lui, voit que "le Seigneur conduira son peuple dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice" (Ba 5,9).


Bien sûr, nous pouvons nous contenter d’un regard superficiel sur notre temps et surfer sur la réalité ! Mais telle n’est pas l’attitude de Dieu envers nous. Il vient nous rejoindre "en prenant chair de notre chair", pour que tout en nous soit marqué de sa vie.

Puissions-nous ne pas passer à côté d’une réalité si belle !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 08 et 09 décembre 2018

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