Accueillir le Royaume de Dieu selon l'évangile de Marc

Au nom des disciples, Pierre avait proclamé "tu es le Christ" (Marc 8,29). Alors, Jésus leur avait parlé "ouvertement" (v. 32), leur indiquant le chemin qu’il allait prendre. La réaction de Pierre, nous la connaissons. Alors Jésus doit lui dire : "passe derrière moi" (v.33). Mais, même après l’expérience de la transfiguration on sent chez lui une résistance à le suivre vraiment. Le groupe des disciples ne comprend pas davantage la deuxième annonce de la Passion (Marc 9,31). Ce qui les préoccupait, c’était de savoir qui était le plus grand (cf. v.34). A la troisième annonce, c’est encore de l’incompréhension. Jacques et Jean lui demandent de siéger à sa gauche et à sa droite dans une gloire qui n’est que projection de leurs désirs. Il y avait eu aussi cet homme à la recherche de la vie éternelle qui était venu à la rencontre de Jésus. Il avait une vie qu’il considérait irréprochable (Marc 10,20). Mais quand Jésus l’invite à le suivre et lui dit de quelle manière, l’homme s’en alla "tout triste" (v.22).

Décidément, les plus proches de Jésus ont de la peine à entendre ses paroles et à se décider ! Pourtant, Marc nous avait donné un indice en prenant un enfant, en le mettant au milieu (Marc 9,36) et en demandant d’accueillir ceux qui leur ressemble. Mais ses disciples avait plutôt chassé ceux qu’on lui apportait (Marc 10,13). Accueillir le Royaume à la manière d’un enfant (cf Marc 10,15)… Ce que ses proches ne comprenaient pas, c’est un lointain qui va le vivre. "Un aveugle qui mendiait, et qui était assis au bord du chemin" (Marc 10, 46). Sachant que Jésus était là, (peut-être même qu’il a pris le chemin de Jéricho pour le rencontrer…) il se met à crier : "Fils de David, Jésus, prends pitié de moi !" (v. 46) On veut le faire taire, mais lui crie de plus belle (litt. "beaucoup plus"). Alors, se faisant l’écho de l’invitation de Jésus, la foule finira par s’adresser à lui : "Confiance, lève-toi ; il t’appelle." (v.49). Sans le savoir, elle dit le projet de Jésus :

  • "Aie confiance" : n’aie pas peur, ce n’est pas vrai que ta vie ne vaut rien !
  • "Lève-toi" : comment ne pas y reconnaître déjà le verbe de la résurrection et pour cet homme le début d’une vie nouvelle.
  • Mais aussi "il t’appelle". À venir vers lui, bien sûr, mais finalement à le suivre.

"L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus" (v.50). Il en prend le risque, il est libre, il laisse tout ce qu’il a, il fait confiance. Lui qui était parmi les derniers, il fait ce que ni les disciples ni l’homme riche avaient osé faire et il devient le "premier". Oui, après l’avoir attendu pendant deux chapitres et demi voilà que finalement Marc peut lâcher le verbe qu’on attendait : "il suivait Jésus sur le chemin" (Marc 10,52) !

Il ne suffit pas d’être un familier de Jésus, ni d’avoir bien agi depuis notre jeunesse. Encore faut-il oser crier : "Fils de David, Jésus, prends pitié de moi !",  jeter les manteaux qui nous donnent une fausse assurance, bondir, courir vers Jésus et finalement le suivre !


Par l'Abbé Marc Passera
La feuille dominicale du 27 et 28 octobre 2018

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